Article de presse: AGIRC/ARRCO, les cadres ont le plus à perdre d’un abattement.

01/07/2015

INTERVIEW Pour rééquilibrer les finances des régimes complémentaires Arrco (pour tous les salariés) et Agirc (pour les seuls cadres), le patronat propose l'instauration d'un abattement sur les pensions complémentaires entre 62 et 67 ans. La consultante en retraite Stéphanie Cappe estime que les cadres qui partiraient à 62 ans perdraient en moyenne plusieurs dizaine de milliers d'euros.

Stéphanie Cappe, fondatrice de SC Expertise Retraite

 

Toutsurmesfinances.com : Quel impact pourrait avoir l'abattement temporaire dégressif que le patronat souhaite mettre en place à l'Arrco et à l'Agirc pour les départs à la retraite entre 62 et 67 ans ?
Stéphanie Cappe, fondatrice du cabinet SC Expertise Retraite : Si la mesure était adoptée en l'état, les conséquences financières seraient importantes pour les retraités. Le patronat propose un abattement sur le montant des pensions complémentaires de 40% à 62 ans, de 30% à 63 ans, de 8% à 64 ans, de 2% à 65 ans, de 1% à 66 ans et de 0% à partir de 67 ans. Ce sont des niveaux de minoration très importants, notamment pour la première et deuxième année. L'effort est d'autant plus conséquent que les retraites complémentaires représentent en moyenne 30% de la pension totale des non cadres et jusqu'à 60% de celle des cadres. L'objectif est clairement d'inciter les salariés à reculer leur départ à la retraite.

 

Mais le patronat n'a t-il pas prévu des exemptions ?
En effet. Les retraités exonérés de CSG (contribution sociale généralisée, NDLR), c'est-à-dire ceux dont le RFR (revenu fiscal de référence, NDLR) est inférieur à 10.633 euros pour une personne seule (16.311 euros pour un couple, NDLR), ne se verront pas appliquer d'abattement avant 67 ans. Ceux qui bénéficient d'un taux réduit de CSG de 3,8% parce que leur RFR est compris entre 10.633 et 13.900 euros pour une personne seule (de 16.311 à 21.322 euros pour un couple, NDLR) auront accès à un abattement diminué : 20% à 62 ans, 15% à 63 ans, 8% à 64 ans, 2% à 65 ans et 1% à 66 ans. Il s'en suit que les salariés dont les revenus sont faibles seraient peu pénalisés. A l'inverse, plus les salariés disposent de revenus et plus ils seraient perdants.

 

Pouvez-vous donner des exemples ?
Un ouvrier soumis au taux réduit de CSG de 3,8%, dont la retraite totale serait de 1.200 euros par mois (dont 300 euros de pension Arrco), perdrait 60 euros par mois à 62 ans, 45 euros par mois à 63 ans, 24 euros par mois à 64 ans, 6 euros par mois à 65 ans et 3 euros par mois à 66 ans. Ce qui fait une perte financière totale de 1.656 euros. Si l'on prend un cadre supérieur assujetti au taux normal de CSG à 6,6% et touchant une retraite de 3.700 euros par mois (dont 1.000 euros d'Arrco et 1.200 euros d'Agirc), la perte mensuelle atteindrait 880 euros à 62 ans, 660 euros à 63 ans, 396 euros à 64 ans, 44 euros à 65 ans et 22 euros à 66 ans. Le manque à gagner pour lui s'élèverait, au final, à... 24.024 euros !

 

Cela veut-il dire que le patronat cible les cadres ?
Il est vrai que cette catégorie de salariés est celle qui a le plus à perdre à la mise en place d'un abattement sur les pensions complémentaires. Comme ils perçoivent généralement des salaires élevés et que la retraite de base est plafonnée, la part des retraites complémentaires dans leur pension globale est importante. En outre, ils perçoivent une pension Arrco comme tous les salariés, mais également une pension Agirc réservée au personnel de l'encadrement. Ils subissent donc deux abattements. On peut penser que le patronat estime normal que les cadres fournissent le plus d'efforts financiers alors que c'est l'Agirc, c'est-à-dire leur régime complémentaire, qui a le plus fort besoin de financement.

 

Certains syndicats disent que les grands gagnants pourraient être les établissements financiers. Qu'en pensez-vous ?
Si l'abattement temporaire est instauré à l'Arrco et à l'Agirc, il est probable que des assureurs et des banques proposent des produits financiers destinés à le compenser via, par exemple, le versement de rentes entre 62 et 67 ans. Les cadres présentent, rappelons-le, l'une des capacités d'épargne les plus élevées au sein de la population. Toutefois, il faut souligner que la perte financière serait peu importante pour les cadres qui partiraient tard à la retraite. En reprenant l'exemple de notre cadre supérieur, le manque à gagner total se situerait à 792 euros s'il repoussait son départ à 65 ans et à 264 euros à 66 ans.

 

Mais les cadres ne partent-ils pas déjà plus tard à la retraite ?
Si. Et ce sera de plus en plus le cas. Sous l'effet à la fois de l'allongement des années d'études supérieures et de l'augmentation de la durée de cotisation requise pour partir au taux plein au régime de base à la suite des réformes des retraites, les cadres vont partir à 63, 64, voire 65 ans. En définitive, cet abattement va surtout concerner les cadres qui s'apprêtent à prendre leur retraite dans quelques années et qui disposeront alors à 62 ans de tous leurs trimestres.

Propos recueillis par Jean-Philippe Dubosc

Coordonnées

SC Expertise Retraite
22 rue du 9 juin 1944
19000 TULLE

05 87 31 00 72

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